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Histoire / Littérature

10 expressions de la langue française qui ont une origine historique


Connaissez-vous l’origine qui a permis d’imager ces 10 expressions de la langue française qui ont une origine historique ? Nous les entendons quotidiennement sans savoir d’où elles viennent. Voici leurs explications et anecdotes étonnantes.

D’où viennent ces 10 d’expressions de la langue française qui ont une origine historique ?

Tout d’abord, il est plus juste de parler d’expression idiomatique (ou d’idiotisme). C’est une phrase simple, déjà composée linguistiquement parlant et prête à l’usage. Elle a un sens bien défini et peut être employée que dans certaines situations précises. Son sens est à prendre au niveau de l’image qu’elle représente et non à traduire mot à mot… Sinon on peut tomber sur des significations ou métaphores souvent curieuses !

Voici une sélection de 10 expressions courantes de la langue française, qui ont une origine historique, expliquées au travers de faits ou anecdotes. Découvrons ensemble leur histoire.

10 expressions courantes de la langue française qui ont une origine historique

1. Ça ne mange pas de pain

Expression Cela ne mange pas de pain - 10 expressions courantes de la langue française

Cette expression est employée quand une situation, action ou prise de décision ne demande aucun effort ou n’implique aucune prise de risque. En marketing, elle est même devenue un argument de poids pour convaincre son interlocuteur.

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Elle remonte au Moyen-Âge, lorsque le pain était l’aliment de base. Il représentait une bonne partie du budget alimentaire. À l’époque, prendre une décision sur une dépense qui « ne mangeait pas de pain » voulait dire que cela ne coûtait pas grand chose pour la famille. Cela n’avait pas d’impact sur l’achat de cet aliment de première nécessité.

Dans les années 30, elle est aussi employée pour définir une relation purement sexuelle et non fertile (et donc dans certain cas, la sodomie). Ainsi, pas d’enfants, pas de bouches à nourrir ! Donc pas de pain à acheter ! L’écrivaine Colette l’aurait utilisée pour qualifier ses relations avec ses amants.

2. C’est une autre paire de manche 

Expression C'est une autre paire de manche - 10 expressions courantes de la langue française

Cette expression est utilisée pour définir qu’on est face à une chose (ou situation) différente et souvent plus difficile et compliquée que celle d’avant. On pourrait penser que cela viendrait des manches qui existent dans les compétitions sportives (comme les mi-temps au football par exemple). Il n’en est rien !

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Cette expression date du XVIème siècle, et nous viendrait de la mode de l’époque. En effet, les manches n’étaient pas toujours cousues définitivement et étaient simplement fixées par des rubans ou des lacets. Ingénieux ! Ainsi on pouvait multiplier les styles à moindre frais et changer de tenues selon l’humeur ou la météo. L’expression met donc l’accent sur la difficulté, par opposition aux manches qui se changeaient en un tour de bras !

Lors des tournois, les dames avaient pour coutume de donner une de leur manche à leur chevalier, en gage d’amour. Celui-ci en l’accrochant à sa lance, promettait fidélité. « Une autre paire de manche » pouvait aussi exprimer une infidélité.

3. Trier sur le volet

Expression Trier sur le volet - 10 expressions courantes de la langue française

Cette expression est adoptée pour définir une sélection choisie avec soin, trier parmi un grand nombre pour ne garder que les « meilleurs ». Aujourd’hui, il y a aussi une petite connotation VIP !

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Cette expression prendrait ses sources dans l’agriculture du Moyen-Âge, où pour trier les graines, on utilisait en guise de tamis, un voile fin appelé « volet ». Ainsi était trié les pois et les fèves, de manière méticuleuse.

D’autres pensent que l’expression viendrait des volets à deux rabats des échoppes (un qui s’ouvrait vers le bas et un vers le haut). Une fois « ouverts » ils servaient d’étals sur lesquels étaient exposées les marchandises. Toutefois, il faut noter que ces planches ne s’appelaient pas à l’époque des « volets » mais des « contrevents ». Certains remettent donc en cause cette explication comme origine du terme.

4. Joindre les deux bouts

Expression Joindre les deux bouts - 10 expressions courantes de la langue française

Cette expression fait référence à la gestion du budget. Elle est employée lorsque l’on a des difficultés financières, et que l’on peine à payer ses factures en fin de mois.

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Cette expression est apparue dans la société du XVIème siècle. Chez les nobles et les bourgeois, la mode est à la collerette (ces espèces de cols montants plissés en dentelle, portés autour du cou). Surnommée « la fraise » à cause de sa forme, sa taille dépend de la réussite et de la richesse de celui qui la porte. Elle est même introduite à la cour de France d’Henri III et de Catherine de Médicis.

Lors des banquets, il arrivait que les serviettes de tables soient trop petites pour être nouées autour du cou, à cause des fraises démesurées de certains nobles. Ils avaient ainsi du mal à joindre les deux bouts !

5. C’est là que le bât blesse

Expression C'est là que le bât blesse - 10 expressions courantes de la langue française

Cette expression est utilisée pour définir l’origine d’un problème. Cela peut être la cause d’une peine (psychologique ou physique) ou l’identification de la source d’une souffrance. On met le doigt sur un point sensible qui est souvent un frein.

Le mot « bât », n’est plus très courant. On peut donc penser à tort que l’expression s’écrit avec le mot « bas ». Mais en quoi un collant est-il blessant ? Je vous le demande.

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Cette expression est apparue au milieu du XVème siècle, où l’on fixait « un bât » sur le dos des bêtes de somme (animaux domestiqués pour porter des charges, comme par exemple le mulet, le cheval, le bœuf mais aussi le yak ou le chameau) et ainsi transporter des marchandises. Il arrivait que le bât soit trop chargé et provoquait par frottement des plaies douloureuses sur la peau des animaux. On disait alors : le bât blesse l’animal.

Ce dispositif permettant de porter des charges lourdes, a également donné l’expression péjorative « âne bâté » (crétin). Triste, quand on sait qu’un âne n’est pas du tout stupide !

6. Compter pour des prunes

Expression Compter pour des prunes - 10 expressions courantes de la langue française

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai de suite envie de chanter, la chanson de Lio ♩ « Les brunes ne comptent pas pour des prunes » ♩…
Cette expression se traduit par « compter pour rien » et sert à qualifier une chose sans intérêt, inutile ou sans impact.

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Cette expression remonte à l’époque des croisades du XIIème siècle, lors de l’assiègement de la ville de Damas (l’actuelle capitale de la Syrie) par les Chrétiens. Damas était reconnue pour ses exploitations de pruniers, et il semblerait que lors de la défaite chrétienne, les croisés n’eurent pour seule consolation, que des prunes à déguster !

7. Tomber dans le panneau

Expression Tomber dans le panneau

Cette expression signifie que l’on s’est fait avoir (que l’on a été trop crédule ou pas assez futé). En gros, on s’est fait berné, et on est comme « tombé dans un piège ».

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Cette expression prendrait ses sources dans le vocabulaire de la chasse du XVIIème siècle. En effet, les chasseurs se servaient d’un filet appelé « panneau » pour attraper le gibier. Littéralement, elle signifiait à l’époque « tomber dans un piège ».

Sa variante « tomber dans les filets » d’une personne, peut aussi faire référence au piège des chasseurs, exposé plus haut. Cependant, elle a une connotation plus sentimentale, car elle est plutôt employée pour signifier qu’on est envoûté par une personne (donc à sa merci) ou victime d’un aveuglement amoureux.

8. Être un vrai cordon bleu

Expression Etre un vrai cordon bleu

Cette expression est employée pour désigner une personne qui a des talents culinaires. Un vrai petit chef cuisinier !

Oui, le cordon-bleu c’est aussi une escalope panée, roulée et fourrée de jambon au fromage ! Vous vous rappelez du père Dodu ? Et bien, ça n’a rien à voir…

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Au XVIème siècle, en pleine guerre de religion, le roi Henri III instaura l’ordre du Saint-Esprit, destiné à rallier à sa cause les nobles catholiques contre les protestants. Les chevaliers de cet ordre étaient ainsi décorés de la croix de Malte (fixée à un ruban bleu), qui constituait la plus illustre et prestigieuse distinction honorifique.

Elle fut par la suite abolie et remplacée par la Légion d’honneur, instaurée par Napoléon Bonaparte en 1802. Cependant, le « cordon bleu » est resté au travers des siècles, un symbole fort faisant référence à un certain mérite, et désignant des personnes hautement qualifiées dans un domaine.

L’expression dans le monde culinaire s’est vraiment popularisée à partir de 1895, lorsque Marthe Distel publia le premier journal sur la cuisine : « La Cuisinière Cordon Bleu ». Par la suite, elle créa des écoles « Le Cordon Bleu » (institut d’arts culinaires et de management hôtelier) destinées à cultiver l’art de vivre à la française.

Enfin, pour ce qui est de l’origine du nom de la recette d’escalope panée, deux pistes font encore débats. La première porte à croire que la recette est nommée ainsi en raison des cordons bleus utilisés par les cuisiniers de l’époque, pour attacher entre elles les tranches d’escalopes. La seconde, rejoints l’origine du terme généraliste de « cordon bleu » exposé plus haut : un mets inventé par un cuisinier de mérite.

La Suisse semble être le pays de naissance de cette fameuse escalope roulée au fromage. En effet, on retrouve la première mention de cette recette dans un livre de cuisine de 1949, nommée « escalope à la viennoise ».

9. Être un vieux de la vieille

Expression Les vieux de la vieille

Cette expression est employée pour qualifier une personne âgée, ayant acquis une certaine expérience dans un domaine précis ou plus généralement pour désigner un « ancien ».

Mais elle ne désigne pas le mari d’une petite vieille ! Non ce n’est pas si simple

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Au XIXème siècle, la garde impériale de Napoléon Ier était constituée de troupes d’élite : une jeune garde, une moyenne garde et une vieille garde. Les hommes appartenant à la vieille garde étaient appelés Les Grognards. Soldats les plus expérimentés, mais aussi les plus revendicatifs (d’où leur surnom donné par Napoléon).

Les vieux soldats restaient considérés, et étaient honorés d’avoir fait partie de la garde impériale. Cette locution, est donc en fait une version raccourcie de « un vieux de la vieille garde impériale ».

10. Découvrir le pot aux roses

Expression Découvrir le pot aux roses

Eh non, ça ne s’écrit pas « le poteau rose » voyons ! Même si, lors de la prononciation, on a en a l’impression…

Cette expression spécifie que l’on a découvert un secret, une supercherie qui nous était jusqu’alors cachée…

ORIGINES DE L’EXPRESSION

Il existe plusieurs origines discutables à cette expression.

Une hypothèse romantique : Certains parlent, de « pots de roses », posés sur le rebords des fenêtres par les dames, afin que leurs galants, en les soulevant, y déposent des billets doux à l’insu de leurs maris. (Cependant, le mot « découvrir » au sens où on l’entend aujourd’hui daterait du XVIème siècle alors que déjà au XIIIème siècle, on employait la locution « pot de fleur »).

Une hypothèse esthétique : D’autres, disent que « le pot aux roses », étaient le pot de fard à joues des dames. Les hommes auraient découvert qu’elles usaient d’artifices, et ainsi auraient levé le voile sur leurs teints parfaits.

Une hypothèse sexuelle : Le rose a toujours renvoyé à la féminité. Certains disent que l’expression fait référence à l’innocence et à la virginité, et donc à la couleur de l’hymen.

Une hypothèse manuelle : Littéralement, le mot « découvrir » signifie « enlever quelque chose qui recouvre autre chose ». Ainsi, « Découvrir le pot aux roses » signifierait « retirer le couvercle du pot » qui contenait de l’eau de roses. Cet onguent, ancêtre du parfum au Moyen-Âge, s’évaporait si on ne le couvrait pas. Ainsi, cela s’image par le fait, qu’on laissait s’échapper quelque chose du pot si on lui enlever son couvercle : comme un secret.


Et vous, utilisez-vous une de ces 10 expressions de la langue française qui ont une origine historique ?

Voilà, vous savez tout sur ces expressions de la langue française, qui ont une origine historique. Maintenant, quand vous entendrez ces phrases employées, vous saurez d’où elles viennent et pourrez parler de leurs anecdotes historiques à votre entourage. Une façon sympa de parler d’histoire sans pour autant paraître « Madame/Monsieur je sais tout » !

☞ Et vous, quelles expressions courantes utilisez-vous le plus ?
☆ ☆ ☆ Mes préférées, je dirais que ce sont :
🏨 « C’est l’hôpital qui se fout de la charité » ;
🐳 « Il y a anguille sous roche » (ou baleine sous caillou !) ;
⚡️ « Il n’y a pas besoin de sortir de la cuisse de Jupiter »…


— Merci pour votre visite et merci d’avoir était curieuse / curieux —
Explorez, souriez et cultivez votre curiosité !

Signature manuscrite Annabelle

Crédits photos | Unplash (dans l’ordre d’apparition) :
Giammarco Boscaro ; Wesual Click ; rocknwool ; Thanti Nguyen ; Debby Hudson ; Meritt Thomas ; Maria Siriano ; Jens Johnsson ; Brook Anderson ; Cristian Newman ; Alexandra Gorn ;

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À propos de l'auteur

Je suis directrice artistique, créatrice de contenus et surtout curieuse de la vie. Je vois ce blog comme un « facilitateur d'idées » qui, je l’espère, piquera votre curiosité et vous aidera à trouver l'inspiration, à découvrir, à répondre à vos "pourquoi"…

4 Commentaires

  • thomas estelle
    10 juin 2020 à 11 h 54 min

    On apprend plein de choses avec cet article, très intéressant de découvrir l’histoire des expressions !

    Répondre
  • Emmy
    11 juin 2020 à 9 h 14 min

    Mon expression favorite « il y a anguille sous roche  » ; Super d’apprendre ces anecdotes !

    Répondre
    • Annabelle
      11 juin 2020 à 12 h 35 min

      Oui à moi aussi c’est une de mes expressions favorites !

      Répondre

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